CHADO, LA VOIE DU THÉ

La voie du thé

Un Acte de Cet Instant Même

Un jour Rikyū fut convoqué par son maître Jōō pour visiter sa retraite de montagne au plus chaud du mois de Juillet. Rikyū arriva à la maison de thé, ruisselant de sueur. En passant par le jardin (roji), il remarqua qu'une jeune feuille verte était tombée dans le bassin d'eau (tsukubai) à côté du chemin. Il vit la feuille couverte de rosée. À ce moment Rikyū comprit que le thé est un acte de "cet instant même". À cause de la chaleur de l'été, l'eau dans le bassin tiédissait vite. En glissant la feuille dans l'eau Jōō avait donc su préserver l'atmosphère de fraîcheur. C'est ainsi qu'il transmit ses sentiments à Rikyū. Ceci était un acte pas de "maintenant", mais "de cet instant même" - un moment de surprise. - Sen Sōshitsu XV, "The Spirit of Tea"

Mouvement Immobile — La voie du Thé

Entrant dans la chambre de thé, seul le bruit de la bouilloire, semblable au "vent soufflant dans les pins", suggère une activité. Des fleurs simples cueillies dans la nature ont été arrangées dans le tokonoma "telles qu'elles poussent dans les champs". L'hôte apporte quelques ustensiles choisis avec soin, les dépose sur le tatami dans un ordre préétabli, créant ainsi une nature morte d'objets rustiques. Par un salut profond, leurs mains glissant sur le tatami, l'hôte et l'invité se reconnaissent et communiquent sans paroles. L'eau frémissante est versée dans le bol, le thé est fouetté avec des mouvements rapides, et offert à l'invité : Osakini "je bois avant vous". Le bol à thé est rendu respectueusement à l'hôte. Les objets utilisés sont à nouveau nettoyés et enlevés silencieusement. Un bol de thé à été offert et bu… rien ne s'est passé.

La Chambre de Thé comme Microcosme de l'Univers

"Montagnes bleues, eau vertes - elles sont ma demeure."

Je ferme les yeux et j'essaie d'évoquer les montagnes bleues et les eaux vertes dans mon esprit, et je trouve un bol de thé posé entre mes mains. J'ouvre les yeux et je regarde : le bol est rempli de thé vert. Dans un petit bol se trouve le vaste espace de la nature. Buvant le thé tranquillement, les montagnes bleues et les eaux vertes deviennent ma demeure. - Sen Sōshitsu XV, "The Spirit of Tea"

Wabi, la Beauté de l'Imperfection

Au seizième siècle, Sen no Rikyū introduit les formes du Thé Wabi transmises jusqu'à nous par différentes lignées, dont la tradition Urasenke pratiquée à Tenku-an. À l'opposé de la démonstration opulente et voyante de la pratique de thé de son époque, Rikyū met l'accent sur la simplicité de la Voie du Thé : "Chanoyu consiste à simplement faire bouillir de l'eau, préparer du thé, et le boire." Il place au coeur de sa pratique la rencontre entre les personnes par le partage d'un bol de thé. Plutôt que d'essayer d'impressionner ses invités avec des objets précieux et une technique compliquée, il cultive l'inattendu et l'incomplet. Il s'ouvre ainsi un espace pour l'appréciation et l'interprétation intime de l'invité. "Si vous dites absolument tout ce que vous avez à dire sur un sujet, alors évidemment, il ne reste plus rien à dire. Ce que vous laissez au non-dit - c'est cela le charme du chanoyu" (Sen Sōshitsu XV).

Cette esthétique Wabi traverse tous les Arts Zen. Elle est subtilement exprimée dans le poème préféré de Rikyū :

"Ceux qui n'ont de désir ardent que pour les fleurs de cerisier en pleine éclosion, Je veux leur montrer les jeunes pousses d'herbe perçant la neige dans le village de montagne" - Fujiwara Ietaka (1158-1237)

La voie du thé

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